Cet homme est mort (1), que publient les éditions Belfond dans la traduction d’Etienne Galle, est un impressionnant exemple de ces rites de passage auxquels cet écrivain prométhéen se soumet régulièrement pour retrouver son africanité ou, plus simplement, son humanité menacée. Rédigées en 1972, ces « notes de prison » relatent comment Soyinka fut, lors de la guerre du Biafra, arrêté sans être inculpé, mis au secret pendant quinze mois et incarcéré pendant dix-huit. C’est un récit d’indignation, d’humiliation, de désintégration mais aussi de détermination. A bout de forces, le corps est prêt à craquer mais l’esprit veille et ramène le prisonnier à la question liminaire, celle de son innocence : « Le problème n’était pas de savoir si je pouvais ou non supporter tout cela. Le problème était de savoir pourquoi je devais le supporter. »

Même si ce livre se veut personnel, égoïste même, il dépasse très vite le « cas Soyinka » et devient témoignage, message universel : « L’homme meurt en tous ceux qui se taisent devant la tyrannie. » Le récit se fait alors investigation intellectuelle, poétique même, des stratégies que le prisonnier, que tous les prisonniers doivent mettre en place pour survivre : conserver, à tout prix, le sentiment de l’arbitraire qui les frappe, ne pas tomber dans le piège de l’attraction que la victime ressent pour son bourreau, s’immerger dans la solitude pour n’avoir « plus rien à demander, plus rien à rejeter », préférer le rêve hallucinatoire à l’espoir fallacieux, bref, refuser tout, y compris de mourir. — Denise Coussy

Cet homme est mort de Wole Soyinka

5,99C$Prix

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